• Sur le fond des choses, le plus grave dans l'enquête que consacre Mediapart à Aquilino Morelle repose bien entendu sur les conseils ou les études que ce haut fonctionnaire de l'Igas (Inspection générale des affaires sociales) a facturés en 2002 au laboratoire américain Lilly puis au danois Lundbeck en 2007. Lorsqu'on est haut fonctionnaire, ancien conseiller technique chargé du médicament (comme Jérôme Cahuzac), ces missions sont un peu contestables, voire suspectes... Le site explique également qu'après 2007, Sanofi et les laboratoires Servier ont ainsi reçu sa candidature pour un job stable. "Aquilino Morelle cherche un emploi à plein temps. Ou plus exactement une rémunération, pour accompagner son parcours politique", dénonce Mediapart. Or, Morelle fut l'un des rédacteurs les plus sévères du rapport instruit contre le Mediator, médicament des laboratoires Servier. On espère que l'actuel conseiller politique de François Hollande n'a pas "chargé la mule" pour se venger de son offre d'emploi restée sans suite... Cette connivence entre les grands laboratoires pharmaceutiques, les groupes de conseil en communication, la haute fonction publique et la sphère politique reste un poison lent et de plus en plus délétère. Sur le fond donc, ces liaisons dangereuses méritent des clarifications et sans doute des sanctions. Insulte à l'intelligence et aux Français Mais pour le symbole, l'affaire du cireur de pompes est bien pire ! Aquilino Morelle est chargé de la communication présidentielle et conseiller politique de François Hollande. Il est censé cajoler l'aile gauche de la majorité, la rassurer sur la politique menée par le chef de l'État, veiller à la cohérence du discours et surveiller les écarts de langage et de comportement des ministres... Si Aquilino Morelle avait pris la peine de réfléchir 15 secondes à l'absurdité de sa mise en scène, il aurait de lui-même compris que faire venir de sa banlieue un cireur de chaussures pour lui demander de veiller sur ses 30 paires - le chiffre est contesté - relevait de l'injure au bon sens, à l'intelligence, et finalement aux Français. Réserver, à intervalles réguliers, un petit salon de l'hôtel de Marigny, une dépendance de l'Élysée, et y convoquer un homme de l'art pour lui demander de lui faire briller ses souliers, y a-t-il un comportement aussi bête et indécent ? Dans un livre d'histoire, cette scène pourrait justifier que les sujets du roi de France se révoltent contre leur souverain et viennent à Versailles pour le menacer sous ses fenêtres... Mais nous sommes en 2014 dans une République exemplaire ! Depuis 24 heures, les "amis politiques" de Morelle sont très peu enclins à venir lui prêter main-forte. Ce matin, sur i>télé, Jean-Christophe Cambadélis a tiré la chasse avec ce propos sans appel : "Si ce qui se dit est vérifié, je ne vois pas comment il peut rester. Mais si ce n'est pas vrai, il faut qu'il s'explique, il faut une grande explication pour que l'on puisse y voir clair. Il faut qu'il le fasse vite et qu'il s'explique, qu'on puisse le juger sur pièces." On attend donc la démission du génial stratège. Mais sera-ce suffisant ?

    http://www.lepoint.fr/politique/aquilino-morelle-chronique-d-une-mort-politique-annoncee-18-04-2014-1814193_20.php

     


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  • Il a enduré, mais, cette fois, Jean-Marc Ayrault ne pouvait plus durer. Le Premier ministre a été sacrifié ce lundi par François Hollande. Peu avant 18 heures, Matignon a annoncé sa démission et celle de son gouvernement. Retrouvant, paradoxalement, le rôle de bouclier qui était traditionnellement, jusqu’au quinquennat au moins, celui des chefs de gouvernement. Il quitte Matignon « usé jusqu’à la corde », selon la formule d’Yves-Marie Cann, le directeur en charge de l’opinion de CSA. Dans le dernier baromètre de cet institut pour « Les Echos », sa cote de ­confiance ne dépasse pas 22 %. Depuis mai 2012, il n’a devancé le chef de l’Etat qu’une seule et unique fois, de 1 point à peine. « Il n’est pas parvenu à protéger le président », regrette un ténor socialiste.

    Des ministres ont critiqué sa maladresse

    Non pas que Jean-Marc Ayrault ait démérité, loin s’en faut. L’ancien maire de Nantes, qui s’est heurté à la pesanteur de l’administration, peut même se targuer d’avoir été plus allant que François Hollande dans les réformes. Et d’avoir toujours défendu cette ligne que le chef de l’Etat a mis tant de temps à assumer. « Ayrault est vraiment social-démocrate. Hollande, lui, est plus dans le pragmatisme et une forme d’opportunisme politique », lâche un haut responsable. Le problème, c’est que le Premier ministre n’est pas parvenu à s’imposer, ni à avoir une voix qui porte. La faute à un manque de charisme ? A une personnalité trop semblable à celle du chef de l’Etat, qui fait, selon Yves-Marie Cann, que « les défauts de l’un n’ont pas été balancés par les qualités de l’autre » ?

    Surtout, la machine gouvernementale n’a pas bien fonctionné. « Il y a eu de l’entropie dans le système », avoue un proche du président. François Hollande a joué les équilibristes entre son désir de rompre avec les pratiques de son prédécesseur et celui d’être en première ligne. Et même s’il y a eu des hauts et des bas, les couacs n’ont jamais véritablement cessé . « Donnant le sentiment que l’équipe gouvernementale n’apprenait rien de ses échecs », tranche le politologue Pascal Perrineau. Chef d’orchestre du gouvernement et de la majorité, Jean-Marc Ayrault a sa part de responsabilité. Surtout que, en privé, des ministres ont critiqué sa maladresse. « Peillon, Montebourg, Moscovici peuvent avoir le sentiment que le passage en force a été trop brutal. Il y a eu des pots cassés », constate un ministre.

    Des ministres ­au « statut particulier »

    Mais il ne saurait être tenu pour seul responsable. « Qui peut croire que les municipales sont l’échec d’un seul homme ? », défend un de ses partisans. «  Il y a un problème d’autorité et de leadership qui dépasse de loin la seule personne du Premier ministre. Il y a un trouble sur Ayrault qui est un trouble sur Hollande », insiste Pascal Perrineau. C’est peu dire, en effet, que François Hollande n’a pas simplifié la tâche de son Premier ministre. D’abord par sa manière de faire, qui a jusqu’ici souvent consisté « à ménager la chèvre et le chou et à laisser dégorger les escargots avant de trancher ». Un ténor de la majorité résume : «  Jean-Marc Ayrault aime que les choses soient claires. C’est la vieille école du PS : “On définit la ligne et on fait comme on a dit.” François Hollande, lui, c’est autre chose. Il est dans l’ajustement permanent. »

    En laissant ses ministres le court-circuiter, voire se démarquer, le chef de l’Etat a affaibli l’autorité de son chef de gouvernement. « Il y a des gens à qui l’on passe tout. Ayrault a une capacité à encaisser et peut-être à souffrir. Mais, s’il avait été autorisé à taper du poing sur la table, probablement qu’il l’aurait fait », assure un ministre, ciblant les « statuts particuliers » de Cécile Duflot, Arnaud Montebourg ou Manuel Valls. La première parce que François Hollande la ménageait ; les seconds parce qu’ils avaient un poids politique depuis la primaire PS. Une primaire à laquelle Jean-Marc Ayrault n’avait pas participé.

    http://www.lesechos.fr/economie-politique/politique/actu/0203411311704-ce-qui-ne-fonctionnait-pas-avec-jean-marc-ayrault-661094.php#xtor=CS2-4

     

     

     


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