• La démission, c'est maintenant

    Il a enduré, mais, cette fois, Jean-Marc Ayrault ne pouvait plus durer. Le Premier ministre a été sacrifié ce lundi par François Hollande. Peu avant 18 heures, Matignon a annoncé sa démission et celle de son gouvernement. Retrouvant, paradoxalement, le rôle de bouclier qui était traditionnellement, jusqu’au quinquennat au moins, celui des chefs de gouvernement. Il quitte Matignon « usé jusqu’à la corde », selon la formule d’Yves-Marie Cann, le directeur en charge de l’opinion de CSA. Dans le dernier baromètre de cet institut pour « Les Echos », sa cote de ­confiance ne dépasse pas 22 %. Depuis mai 2012, il n’a devancé le chef de l’Etat qu’une seule et unique fois, de 1 point à peine. « Il n’est pas parvenu à protéger le président », regrette un ténor socialiste.

    Des ministres ont critiqué sa maladresse

    Non pas que Jean-Marc Ayrault ait démérité, loin s’en faut. L’ancien maire de Nantes, qui s’est heurté à la pesanteur de l’administration, peut même se targuer d’avoir été plus allant que François Hollande dans les réformes. Et d’avoir toujours défendu cette ligne que le chef de l’Etat a mis tant de temps à assumer. « Ayrault est vraiment social-démocrate. Hollande, lui, est plus dans le pragmatisme et une forme d’opportunisme politique », lâche un haut responsable. Le problème, c’est que le Premier ministre n’est pas parvenu à s’imposer, ni à avoir une voix qui porte. La faute à un manque de charisme ? A une personnalité trop semblable à celle du chef de l’Etat, qui fait, selon Yves-Marie Cann, que « les défauts de l’un n’ont pas été balancés par les qualités de l’autre » ?

    Surtout, la machine gouvernementale n’a pas bien fonctionné. « Il y a eu de l’entropie dans le système », avoue un proche du président. François Hollande a joué les équilibristes entre son désir de rompre avec les pratiques de son prédécesseur et celui d’être en première ligne. Et même s’il y a eu des hauts et des bas, les couacs n’ont jamais véritablement cessé . « Donnant le sentiment que l’équipe gouvernementale n’apprenait rien de ses échecs », tranche le politologue Pascal Perrineau. Chef d’orchestre du gouvernement et de la majorité, Jean-Marc Ayrault a sa part de responsabilité. Surtout que, en privé, des ministres ont critiqué sa maladresse. « Peillon, Montebourg, Moscovici peuvent avoir le sentiment que le passage en force a été trop brutal. Il y a eu des pots cassés », constate un ministre.

    Des ministres ­au « statut particulier »

    Mais il ne saurait être tenu pour seul responsable. « Qui peut croire que les municipales sont l’échec d’un seul homme ? », défend un de ses partisans. «  Il y a un problème d’autorité et de leadership qui dépasse de loin la seule personne du Premier ministre. Il y a un trouble sur Ayrault qui est un trouble sur Hollande », insiste Pascal Perrineau. C’est peu dire, en effet, que François Hollande n’a pas simplifié la tâche de son Premier ministre. D’abord par sa manière de faire, qui a jusqu’ici souvent consisté « à ménager la chèvre et le chou et à laisser dégorger les escargots avant de trancher ». Un ténor de la majorité résume : «  Jean-Marc Ayrault aime que les choses soient claires. C’est la vieille école du PS : “On définit la ligne et on fait comme on a dit.” François Hollande, lui, c’est autre chose. Il est dans l’ajustement permanent. »

    En laissant ses ministres le court-circuiter, voire se démarquer, le chef de l’Etat a affaibli l’autorité de son chef de gouvernement. « Il y a des gens à qui l’on passe tout. Ayrault a une capacité à encaisser et peut-être à souffrir. Mais, s’il avait été autorisé à taper du poing sur la table, probablement qu’il l’aurait fait », assure un ministre, ciblant les « statuts particuliers » de Cécile Duflot, Arnaud Montebourg ou Manuel Valls. La première parce que François Hollande la ménageait ; les seconds parce qu’ils avaient un poids politique depuis la primaire PS. Une primaire à laquelle Jean-Marc Ayrault n’avait pas participé.

    http://www.lesechos.fr/economie-politique/politique/actu/0203411311704-ce-qui-ne-fonctionnait-pas-avec-jean-marc-ayrault-661094.php#xtor=CS2-4

     

     

     

    « Le mensonge, c'est maintenantMais oui quel est ce ministre ? »

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