• J 'AI UN APPARTEMENT au poignet, ça pèse lourd 150 000 €.  Assis à une table bien en vue du Zinc, restaurant huppé de Toulon, Mourad Boudjellal exhibe sa montre, une Breitling en or sertie de diamants. Costume Versace, ceinture Hugo Boss, l'atypique président du Rugby Club toulonnais (RCT) multiplie les signes extérieurs de richesse : Ferrari 430 Spider Modena (190 000 €), Maserati Grand Turismo (150 000 €).

     

    « J'ai aussi une salle de sport, un tapis de course avec écran télé relié au câble et lecteur DVD intégré », tient-il à préciser. Sans pudeur, l'homme d'affaires de 48 ans tente chaque jour d'oublier ses origines modestes. « Etre un beur très médiatisé dans l'ancien fief du FN, où Sarkozy vient faire ses discours sur l'immigration, ça lui plaît », souligne le conseiller territorial Ahmed Touati, son meilleur ami.

    Des joueurs réclament des arriérés de salaires. A la tête d'un empire dans la bande dessinée (lire ci-contre), le patron de Soleil Productions possède une fortune personnelle estimée à 40 millions d'euros. « J'aime l'argent, je veux en profiter un maximum en attendant de mourir », assène-t-il. Depuis 2006, Mourad Boudjellal transpose sa folie des grandeurs au monde du rugby. A peine élu à la tête du RCT, il recrute Tana Umaga, alors meilleur joueur du monde, pour huit matchs de Pro D2 contre 400 000 €. « Mourad n'a pas de réseau secret, il a juste sorti le chéquier pour s'offrir une crédibilité dans le rugby », raconte un proche du dossier. Investissant en tout 5 millions d'euros de sa poche, le président varois attire sur la rade d'autres vedettes de l'hémisphère Sud : Oliver, Matfield, Gregan, Merthens, Collins… S'il a permis la montée en Top 14, son recrutement clinquant fait aussi des vagues. « Boudjellal traite les joueurs comme de la marchandise, dénonce une star mondialement connue. Beaucoup sont partis à cause de lui. Et il nous doit encore des arriérés de salaires et de frais pour plusieurs dizaines de milliers d'euros. » M e Gérard Mino, avocat de Mourad Boudjellal, répond : « Il y a eu quelques difficultés. Gregan, par exemple, voudrait qu'on paie les dégâts causés dans sa villa, sa facture de téléphone des heures chaque jour vers l'Australie , ou encore une location de voiture à 6 000 €. Mais il n'y a aucun retard de salaires. Mourad déteste les procédures, il préfère payer pour les abréger. » Intriguée par les sommes annoncées, la DNCG de la Ligue a épluché les comptes toulonnais. En vain. « Ils pensaient que je blanchissais de l'argent », rigole encore Boudjellal.

    Il dérange le monde de la BD. Président du RCT ou éditeur partagé entre Toulon et Paris, la suspicion est la même : ses sociétés subissent d'incessants contrôles fiscaux. Mais rien ne semble pouvoir ralentir Mourad Boudjellal : « Je vais à ma vitesse, sans laisser d'espace aux autres. » Hyper offensif sur le marché de la BD, qu'il inonde de tomes 1 pas forcément suivis de tomes 2, l'éditeur des « Blondes » est décrié. « Il y a beaucoup de fantasmes autour de lui. C'est vrai qu'il aime payer des bonnes bouffes à ses auteurs, mais quand j'entends parler de filles ou d'enveloppes de cash… et pourquoi pas de la coke ! Il n'y a pas de ça dans la BD, s'insurge Christophe Arleston (« Lanfeust de Troy »), scénariste à succès des Editions Soleil. Et Mourad a un vrai amour du rugby. » Celui qui a fait renaître Rahan est aussi jugé responsable par certains rivaux de la surproduction actuelle dont souffre la BD. « Il l'a organisée, explique un spécialiste. Grosso modo, il sort un premier livre. Pour le financer, il en sort deux. Pour les financer, il en sort quatre… Le jour où il arrête de produire, il coule. »

    Dans le rugby, il arrêtera une fois au sommet. Au début du mois, Mourad Boudjellal annonçait : « Si je trouve un repreneur capable d'assurer la pérennité financière du RCT, je m'en vais. Jouer le maintien (NDLR : Toulon est actuellement onzième), c'est moins excitant que le plaisir d'une montée. » Le président du RCT serait au contraire déjà en train de préparer un recrutement très haut de gamme pour la saison prochaine, afin de jouer les premiers rôles en Top 14. « Tant qu'il n'aura pas atteint les sommets, Mourad restera dans le rugby », assure un proche.

    http://www.leparisien.fr/sports/la-vraie-nature-de-boudjellal-15-10-2008-276589.php

     

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique